La Programmation Pluriannuelle de l'Énergie de Corse
La PPE de Corse est le document de programmation qui fixe, pour l’île, les priorités d’action en matière d’énergie sur deux périodes successives de cinq ans. Co-élaborée par l’État et la Collectivité de Corse, elle porte sur la maîtrise de la demande, la diversification des sources, la sécurité d’approvisionnement et le développement du stockage et des réseaux, afin d’orienter la trajectoire énergétique du territoire.
Qu’est-ce que la PPE ?
La politique régionale d’énergie, de qualité de l’air et de lutte contre le réchauffement climatique repose sur deux documents stratégiques complémentaires : le Schéma Régional Climat Air Énergie (SRCAE), qui fixe l’objectif d’autonomie énergétique à l’horizon 2050, et la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), qui définit les actions concrètes permettant d’atteindre cet objectif. La PPE constitue ainsi la feuille de route opérationnelle de l’avenir énergétique de l’île, élaborée par l’AUE pour le compte de la Collectivité de Corse. Elle doit permettre de garantir :
- La sécurité d’approvisionnement en carburants et la baisse de la consommation d’énergie primaire fossile dans le secteur des transports ;
- La sécurité d’approvisionnement en électricité ;
- L’amélioration de l’efficacité énergétique et la baisse de la consommation d’électricité ;
- Le soutien au développement des énergies renouvelables.
2015 : la Corse, pionnière parmi les zones non interconnectées
Depuis la Loi relative à la Transition Énergétique pour la Croissance Verte, promulguée en août 2015, la Corse dispose d’une PPE spécifique. L’Assemblée de Corse s’est prononcée en sa faveur le 29 octobre 2015, faisant de l’île la première Zone Non Interconnectée à se doter d’une telle programmation. Elle a ensuite été rendue opposable par le décret n°2015-1697 du 18 décembre 2015, cosigné par le Premier Ministre et la Ministre de l’Écologie.
Cette première PPE, couvrant la période 2016-2023, prévoyait un effort d’investissement massif : un plan de rénovation du bâti de 960 millions d’euros (3 000 logements par an), un plan de développement des énergies renouvelables de 472 millions d’euros, ainsi que 1,475 milliard d’euros consacrés aux infrastructures et réseaux énergétiques, pour un total d’environ 3,1 milliards d’euros. L’ambition était de porter la part des énergies renouvelables à 22 % de la consommation d’énergie finale et 40 % de la production d’électricité d’ici 2023, tout en générant près de 5 000 emplois pérennes.
2019-2021 : un nouvel élan pour l’autonomie énergétique
Après plusieurs échanges entre le Président du Conseil Exécutif de Corse et les ministres de l’Énergie successifs, la nécessité de donner un nouvel élan à la politique énergétique insulaire s’est imposée. En juillet 2019, une rencontre entre le Ministre François de Rugy et les présidents Gilles Simeoni, Jean-Guy Talamoni et Jean Biancucci a permis d’acter plusieurs orientations : réaffirmer les objectifs du SRCAE et de la PPE, accélérer le déploiement des énergies renouvelables, redimensionner la future centrale du Ricantu, et transférer à la Collectivité de Corse, via l’AUE, la maîtrise de six actions structurantes (rénovation des logements collectifs et individuels via le programme ORELI, rénovation de l’éclairage public, filière bois-énergie, filières solaire thermique individuel et collectif).
Élaboré par l’AUE, ce premier projet de révision a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée de Corse le 29 avril 2021. Il reposait sur deux grands leviers : la massification des énergies renouvelables (un tiers des efforts) et la maîtrise de la demande en énergie (deux tiers des efforts), pour un investissement alors estimé à 4,5 milliards d’euros sur la période 2020-2028, générateur de 28 000 équivalents temps plein.
2023 : le virage des bioliquides et l’adoption définitive du projet
La suite de la révision a toutefois été marquée par un changement de trajectoire majeur. L’adoption de la PPE était initialement conditionnée à la réussite d’un appel d’offres, lancé en février 2020, pour alimenter en gaz naturel les centrales de Lucciana et du Ricanto. Cet appel d’offres s’étant révélé infructueux, dans un contexte international tendu, l’AUE a mené une étude comparative entre trois solutions de carburant — fioul léger, gaz et bioliquides — évaluées sur trois critères : la sécurité d’approvisionnement, le coût d’achat et l’impact environnemental.
C’est finalement l’option des bioliquides qui a été retenue pour la future centrale du Ricanto, écartant ainsi le projet d’infrastructures gazières. Ce choix s’est accompagné d’engagements précis : des émissions de particules fines équivalentes à celles du gaz, des contrôles réguliers effectués par un tiers indépendant, et une transparence des résultats présentés une à deux fois par an dans le cadre du Conseil de l’Énergie, de l’Air et du Climat (CEAC). Il a également permis d’envisager la mobilisation des économies ainsi réalisées vers la rénovation énergétique des logements sociaux, des établissements scolaires et de santé, ainsi que vers l’accélération de la sortie des concessions de gaz de ville à Ajaccio et Bastia — des négociations étant engagées avec l’État autour d’un protocole d’environ 200 millions d’euros.
Ce projet de révision, adopté par l’Assemblée de Corse lors de sa délibération du 30 mars 2023, porte des ambitions renforcées à l’horizon 2028 :
- diviser par deux le recours aux énergies fossiles (-54 %, contre -35 % au niveau national) ;
- porter le taux d’énergies renouvelables dans la production électrique à 74 %, soit près du double de l’objectif national ;
- doubler le taux d’autonomie énergétique de la Corse, pour le porter à 30 % ;
- rénover plus de 10 000 logements sociaux et 15 000 copropriétés ;
- rénover une vingtaine de collèges et lycées, ainsi qu’une vingtaine d’établissements de santé ;
- accompagner la sortie des concessions de gaz de ville à Ajaccio et Bastia.
La réalisation de cette programmation représente un investissement supérieur à 4 milliards d’euros dans l’économie corse, avec à la clé la formation d’une nouvelle génération aux métiers de l’énergie, la création de milliers d’emplois et une réorientation du secteur du BTP vers des marchés plus vertueux, conformément aux orientations du PADDUC.
Juin 2023 : le Ministère valide les objectifs
Faisant suite à cette délibération du 30 mars 2023, le Ministère de la Transition Énergétique a publié, le 30 juin 2023, un décret modifiant la PPE de 2015 en attendant sa révision définitive. Ce décret transitoire poursuivait trois objectifs : mettre à jour les objectifs chiffrés à horizon 2023, autoriser l’usage de bioliquides pour l’alimentation des centrales thermiques de Lucciana et du Ricanto, et acter la fin des réseaux de gaz de ville de Bastia et d’Ajaccio au 31 décembre 2038.